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Education pour tous 93

Des gilets fluos dans les allées du salon de l’Educ’

REPORTAGE

Les militants des associations sont venus nombreux cette année au salon de l'Education, qui se termine ce dimanche, pour dénoncer les coupes dans leur budget et alerter l’opinion.

VERONIQUE SOULE

Impossible de les rater avec leurs gilets jaunes fluos sur lesquels il est écrit dans le dos: «Associations de l’éducation en danger Chantier de Démolition de l’Ecole Publique».

Les membres de la Ligue de l’Enseignement, de la Jeunesse au Plein Air ou encore des Eclaireuses et Eclaireurs de France sont très présents cette année au Salon de l’Education qui s’est ouvert jeudi à la Porte de Versailles, à Paris, et se termine ce dimanche.

La raison: ils protestent contre la décision brutale du ministère de diminuer de 25% leurs crédits pour 2008 et de leur enlever les enseignants mis à disposition ou détachés dans leurs structures.

Darcos tente d'éteindre ce nouveau feu

Pour Xavier Darcos, déjà très contesté par les enseignants, c’est un nouveau feu qui s’allume et dont il se serait bien passé. Aussi lorsqu’il est venu vendredi au Salon, le ministre s’est-il arrêté au stand des associations -Il a en revanche snobé la travée des syndicats où habituellement il passe- «On ne va pas vous laisser tomber», a-t-il lancé aux militants, avant de proposer une rencontre au sommet. Rendez-vous a aussitôt été pris pour le jeudi 4 au ministère.

Mais il en faut plus pour rassurer. « C’est le wait and see, nous expliquait samedi le secrétaire général de la Ligue de l’Enseignement, la plus puissante de ces associations, Jean Marc Roirant, nous avons les armes au pied mais nous ne les avons pas rangées.»

Histoire d’arriver en position de force au ministère, les gilets fluos continuent donc d’arpenter les travées, stylos à la main, afin de faire signer une pétition de soutien. Samedi après-midi, on en était à quelque 43 000 signatures.

Les PEP, «mal connus» et menacés

Jean Michel Charles, 65 ans, est un ancien inspecteur d’académie de l’Education nationale aujourd’hui à la retraite. Il préside les PEP (Pupilles de l’Enseignement Public) du département de Saône et Loire. Une activité bénévole qui le prend pratiquement à plein temps. Gilet fluo parcourant les allées, il est ravi de pouvoir expliquer ce que fait son association concrètement sur le terrain, «car l’un des problèmes que nous avons est que nous sommes mal connus ».

Les PEP 71 (la Saône et Loire) gèrent 13 établissements - notamment destinés aux enfants et jeunes handicapés, physique et mentaux, mais aussi des centres de loisirs ou de vacances - et salarient 240 personnes, à temps plein ou partiel. Il y a aussi des centaines de bénévoles.

«Le problème est que notre directeur est un enseignant détaché de l’Education nationale: nous le payons grâce à des subventions de compensation du ministère, et partiellement de celui de la Santé. Si l’Education ne nous les verse plus, nous serons incapables de le rétribuer. Or c’est un vrai professionnel: si je veux mettre en place un projet pour des classes de découverte, je fais appel à lui. S’il n’est plus là, je n’ai plus personne pour le monter.»

Au total, les PEP ont ainsi 105 enseignants dans leurs structures, qui sont généralement des cadres indispensables. Or à l’heure où l’on supprime des postes, Xavier Darcos a annoncé son intention de les rapatrier tous dans des classes.

Comme toutes les autres associations opérant dans le domaine de l’éducation et des loisirs des jeunes, les PEP ont par ailleurs perdu 25% de leurs subventions pour 2008, soit 583000 euros. «Comme nos programmes étaient engagés, on va se retrouver avec un budget final en déficit», prédit Jean-Michel Charles.

Les membres de ces associations craignent aussi autre chose: une marchandisation de leurs activités. «Si nous sommes obligés de nous replier, faute de moyens, des firmes commerciales vont proposer des projets clés en mains, où il n’y aura plus rien de pédagogique, s’inquiète Jean-Michel Charles, alors que nous, nous situons dans l’économie sociale».

Toutes ces associations se rattachent à un courant profondément ancré en France, celui de l’éducation populaire, très attaché aux valeurs laïques et républicaines. La plus ancienne, la Ligue de l‘Enseignement, a été créée en 1866 et prit alors le nom de: « Des sous pour l’école laïque ». Une autre vague d’associations a été créée en 36, puis à la Libération. Pour tous ces militants, c’est une tradition qui est menacée.

Ecrit par FOL93, le Mercredi 10 Décembre 2008, 20:40 dans la rubrique "Actualités".